L’UMP devient les Républicains, un estompage sémantique ?

Mardi 5 mai, le bureau politique de l’UMP a adopté le nouveau nom du parti, « les Républicains ». Cette décision devra être validée par les adhérents le 25 mai. Nonobstant le renouveau nécessaire qui tiraille une droite française desséchée et en proie à ses incohérences intrinsèques mues entre autres par les vanités individuelles et échecs pré-Hollande cuisants mais mérités, ce changement de nom est avant tout une attaque contre la France et sa République.

« Mal nommer un objet, c’est ajouter du malheur au monde » affirmait Albert Camus en 1944. Souligner les nombreuses raisons de cette dénomination fâcheuse que veut s’accorder l’UMP s’annonce a minima être une nécessité citoyenne.

 

 L’UMP, Nicolas Sarkozy et la République

De prime abord, il est cocasse de voir Nicolas Sarkozy se targuer de républicanisme alors qu’à maintes reprises il a trahit l’esprit même de notre Constitution au travers de ses propos. En 2006 dans le Parisien, Nicolas Sarkozy prônait la « discrimination positive pour les compatriotes de couleur » bafouant ainsi le premier article de la Constitution de 1958. Toujours en 2006 et sur RMC, l’ancien président annonçait être favorable à l’idée de faire apparaître l’origine ethnique des délinquants dans les statistiques de la police : Robert Ménard n’a rien inventé ! En 2004 dans « La République, les religions, l’espérance », Nicolas Sarkozy veut poser la question du financement national des grandes religions, ce qui est contraire à l’article 2 de la loi de 1905 séparant l’Église et l’État.

referendum-2005-constitution-europeenne-512x300Le plus gros reste néanmoins la trahison que ce dernier a fait au peuple français. Il y a bientôt 10 ans, le 29 mai 2005, les français votaient « NON » à hauteur de 55%, au Traité Constitutionnel Européen. Ce traité est revenu par la petite porte et bien que ratifié de manière légale, il n’en reste pas moins une forfaiture morale. La souveraineté nationale a été transférée à des institutions supranationales – celles de l’Union Européenne -, sans l’accord populaire, qu’il s’agisse du TUE (Traité constitutionnel revisité appelé autrement Traité de Lisbonne) ou encore du TSCG par exemple. Ainsi, Nicolas Sarkozy et l’ensemble de l’UMP, auraient-ils trahis l’article 4  de notre Constitution, à savoir que les partis et groupements politiques doivent faire respecter les principes de souveraineté nationale ? Non seulement Nicolas Sarkozy et l’UMP ne seraient pas républicains mais seraient-ils également anticonstitutionnels ?

 

Un affront à la nation française et aux français

pmfr81-jeromebonnet-regisdebray2En s’appropriant le signifiant « Républicains », le plus gros parti de la droite française s’apprête-t-il à porter un coup à la transcendance du signifié, à savoir la République elle-même ? Pour Régis Debray, ce qui fait une nation c’est un peuple, des frontières, et une transcendance, autrement dit, une part de sacré partagée par l’ensemble de la communauté nationale et grandement animée dans notre vieux pays par la République et le président monarque. En France, le commun c’est la République. Ainsi, ce vol sémantique serait-il une attaque directe contre la nation française puisque ça impliquerait au travers de l’aspect clivant qu’a forcément un parti politique, que les citoyens ne se reconnaissant pas dans feu l’UMP seraient dépossédés de la République, son aspect transcendantal et donc cohésif ?

La République n’est pas privatisable !

 

Oncle Sam, je te chéris

heidi-klum-dans-le-style-i-want-you-de-l-oncle-sam-ouchmagazine-com_97081_w620Derrière cette opération marketing de changement de nom, c’est enfin une américanisation claire et nette du débat politique français qui se propulse en plein jour, le tout sous les bruits assourdissants des jungles stressants des chaînes d’infos en continu biberonnées à la CNN et FoxNews. L’admiration béate du parti vassal de son homologue nommé outre Atlantique « les Républicains », n’est plus un secret. Il nous tarde déjà que Manuel Valls à son tour obtienne le changement de nom du Parti Socialiste pour boucler la boucle. Nous rions aussi d’avance devant l’utilisation du terme « Patriote » qu’emploiera d’une façon ou d’une autre le Front National puisque le directeur de cabinet de Florian Philippot en a déposé le nom. Là encore la consonance est américanisante puisque que par coutume, en France le patriotisme n’est pas nommé mais agi, au même titre que nous n’avons pas l’habitude d’afficher un drapeau tricolore dans nos jardins. Au moins les termes du débat seront posés et malgré une quiquaphonie des appellations, peut-être que les français ouvriront enfin les yeux sur l’imposture qui s’est jouée d’eux depuis Giscard d’Estaing.

Le Front Républicain était une vaste blague depuis bien longtemps car entravé par les entorses à la règle de ceux-là même qui s’en réclament. Nous pouvons à présent l’enterrer ou bien le ressusciter avec de nouveaux protagonistes dignes.

En attendant ce changement de nom donne raison à Jacques Lacan, car si « le mot est le meurtre de la chose », alors il semble clair que le nom « les Républicains » signe la fin de toute idée de République au sein d’une UMP voguant dans un éternel carnaval.

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