Mélenchon : l’Europe à l’insu de son plein gré

Le traitement journalistique contemporain est incompatible avec la mise en valeur du travail de fond. À propos des 3 jours de congrès du Parti communiste qui se sont déroulés récemment, le citoyen n’a pas été informé des grands axes de réflexions qui y furent abordés : c’est regrettable. Quid de l’écosocialisme, du protectionnisme solidaire Melenchon, leader of France's Parti de Gauche political party and the Front de Gauche political party's candidate for the 2012 French presidential election, speaks in Saint Herblainet même de la remise en cause de l’euro ? Les médias ne jouent plus leur rôle d’animateurs du débat, et surtout pas pour mettre en avant les idées novatrices de partis de taille moyenne tels que le Front de Gauche. Pourtant, dans cette mouvance voulant marquer le retour d’une vraie gauche, certains savent jongler avec les caméras, les journalistes et internet. Jean-Luc Mélenchon est de ceux-là.

Jean-Luc est un pur produit des médias. Lui qui les critique tant, s’est vu projeté sous les projecteurs parce que le jeu qu’il prétend jouer fait probablement partie intégrante de sa personnalité.

 

L’homme qui tombe à pic

Il parle bien, il belligère, c’est un tribun des temps modernes qui laisse très rarement indifférent. Il marque les esprits et fait grimper l’audience. Assis devant son poste de télé, le spectateur profite, tel un Romain devant les jeux, de ce spectacle où un inévitable duel se déroule, avec les journalistes s’il le faut.

L’impression de lutte se doit d’être constante. Jean-Luc le reconnait lui-même, il faut trouver la faille qui choque et s’y engouffrer pour créer le fameux buzz tellement nécessaire à notre société du spectacle. Ça bouscule mais ça attire. Les journalistes lui disent « fesse-moi avec une pelle et dis-moi des gros mots en polonais » et le fou hurlant s’exécute avec un balai. Le jeu du « je t’aime, moi non plus » s’instaure. Un premier paradoxe apparaît et en annonce bien d’autres. Mélenchon est l’homme anti-médias que les médias aiment. Globalement, le porte-parole du Front de Gauche est un homme fait de contradictions, garantes de sa singularité mais aussi de ses futurs échecs.

Des mots peu murmurés que le tribun martèle sans cesse découle un second paradoxe qui est économique : le maintien de la monnaie unique. Cette bizarrerie dialectique qui concerne jusqu’alors un pan crucial du programme du Front de Gauche en vient presque à décrédibiliser le message d’un parti qui souhaite porter une lutte nécessaire. Comment concilier la défense des acquis sociaux et, si possible, continuer le progrès social, tout en subissant l’austérité qu’impose la monnaie unique ?

S’appuyer sur la grandeur de la France

À propos de la France, Jean-Luc a raison. Le pays des droits de l’homme est grand. La France, ce n’est pas de la merde sans voix et sans poids qu’on balade au gré des vents dans les prairies libérales où les faucheuses actionnariales viennent trucider les travailleurs français. Jean-Luc estime qu’on peut peser, qu’on peut négocier une autre Union européenne. Le tribun souhaite alimenter le cœur de son action en sonnant les cloches de la BCE, quitte à taper du poing sur la table : « Il faut que la Banque Centrale prête directement aux États.»

Cela peut sembler irréaliste mais comme le rappelle Michel Soudais, c’est ce qu’on fait avec succès et en leur temps de Gaulle et Thatcher, chacun à leur façon. La politique de la BCE n’est pas complètement inflexible et d’ailleurs, elle ne se gêne pas pour faire des entorses à son règlement pour sauver tant bien que mal des politiques libérales.

Cependant, la donne semble beaucoup plus rigide aujourd’hui. Comparée aux années 80 et plus encore comparée aux années 60, l’Union européenne est beaucoup plus intégrée, et il y a l’euro ! Taper du poing sur la table ne suffira pas : jamais l’Allemagne et le Royaume-Uni n’accepteront pareil blasphème !

La Bastille, c'est le 14 juillet, mais c'était aussi le 18 mars.

La Bastille, c’est le 14 juillet, mais c’était aussi le 18 mars.

Finalement, tout le beau discours de Jean-Luc à propos de son projet économique s’effondre quand vient la question : « Et si les autres partenaires européens ne veulent pas ? » Le refus de ces derniers est très probable et ce n’est certainement pas par le biais de la négociation qu’ils baisseront l’échine.

La seule solution se profile alors dans une alliance avec les pays du Sud mais cela aurait pour effet de créer une Union à deux vitesses, or l’UE est un tout, du moins la zone euro. La diviser est déjà un constat d’échec cuisant. Pourquoi y aller par quatre chemins ? Jean-Luc, reconnais-le : le modèle n’est pas viable !

Oskar Lafontaine, l’homologue Allemand de Mélenchon a déjà fait la démarche intellectuelle de remise en cause de la monnaie unique. D’ailleurs c’est peut-être le meilleur moment d’ouvrir cette nouvelle voie politique quand le Parti Socialiste français refuse le débat en son sein et qu’au Portugal un best seller anti-euro fait un tabac.

Si Mélenchon n’a pas encore dévissé de sa position pro-euro, il semble cependant que les lignes soient en train de bouger dans son parti. Ce déblocage idéologique est peut-être le sursaut nécessaire à la renaissance du Parti communiste longtemps considéré comme étant en voie de disparition.

Encore un effort

Jean-Luc a de supers idées et semble parfois à un poil du cul près de répondre aux attentes de ceux qu’il défend. Malheureusement, son internationalisme de façade, comme le souligne Jacques Sapir, l’empêche de voir plus loin que ses frontières idéologiques qui diabolisent une dissolution de l’Eurogroupe. Heureusement rien n’est immuable.

Mélenchon persiste.

Mélenchon persiste.

Mû par ses paradoxes, l’homme à la cravate rouge est intrinsèquement sincère mais confond internationalisme et sans-frontiérisme. Les électeurs qu’il tente d’aller chercher ne sont pas dupes car ils subissent la crise et en connaissent la cause (jamais l’euroscepticisme n’a été aussi fort comme le souligne cet article qui en fait une mauvaise analyse) et préfèrent voter FN, comme l’illustre la dernière élection législative partielle dans l’Oise.

Entre ses contradictions idéologiques, sa personnalité tonitruante et l’instabilité de son discours parsemé de paradoxes, le cri du cœur nous amènerait presque à aimer ou à avoir de la considération pour le mélenchonisme sans pour autant aimer Mélenchon. C’est peut-être dans cet ultime paradoxe que se trouve la clef du décollage du Front de Gauche et du tribun. Le travail sur soi-même est toujours le plus difficile.

3 plusieurs commentaires

  1. Bonjour Guillaume,

    Les « experts » (ou futurs experts) comme vous sont trop obsédés par la personnalité de Mélenchon et passent à côté de l’essentiel. Vous pourriez dire « Mélenchon n’a pas raison sur tout, mais au moins il dit ceci et il dit cela ». Non. Vous distribuez les bons et mauvais points comme tant d’autres le font, avec cette manie de décrypter des choses évidentes.

    A mon tour de décrypter: « Jean-Luc est un pur produit des médias. Lui qui les critique tant, s’est vu projeté sous les projecteurs parce que le jeu qu’il prétend jouer fait probablement partie intégrante de sa personnalité. » Bravo pour cette analyse psychologique de fond qui a un apport politique déterminant. Et vous? Parlez-nous de vous et de ce qui fait partie intégrante de votre personnalité: aimez-vous parler de quelqu’un davantage repris dans les médias que vous, pour vous faire un peu de lumière? Ou redoutez-vous qu’on reconnaisse une trop grande accointance de votre pensée avec celle de Mélenchon, et qu’on vous assimile à celui-ci, lui-même assimilé à quelqu’un de déraisonnable, voire comme le miroir de Le Pen?

    « Jean-Luc Mélenchon le reconnaît lui-même » en effet tout ce que vous dites dans ce paragraphe a été dit et redit et re-redit par l’intéressé. « le fou hurlant s’exécute avec un balai » Pourquoi commenter une phrase aussi modérée, objective et dénuée de toute passion personnelle? « Un premier paradoxe apparaît » Donc le paradoxe vient de Mélenchon et pas des médias, on est bien d’accord hein? Un « paradoxe » qui deviendra une des « contradictions, garantes de sa singularité mais aussi de ses futurs échecs. » Je laisse de côté l’aspect prédictif, tant de spécialistes sont d’accord avec vous sur cela depuis bien longtemps, mais on attend toujours que ça se réalise. Ce que vous appelez une « contradiction » est en fait une « stratégie », réfléchie et pesée avec d’autres personnes du parti (comme François Delapierre). Cette stratégie ils la font en donnant le mode d’emploi.

    Passons aux questions de fond qui sont là me semble t-il, tout à fait légitimes. Sur la question de l’abandon de l’euro que vous semblez défendre je reconnais mon ignorance, peut-être avez-vous raison, mais ce débat existe en interne au Parti de Gauche. « son projet économique s’effondre quand vient la question : « Et si les autres partenaires européens ne veulent pas ? » » Vous avez peut-être remarqué que chaque jour la crise s’accroît et que rien ne l’arrêtera tant que les politiques libérales que nous avons sont appliquées? Croyez-vous vraiment que quand l’Allemagne et et le Royaume-uni seront à genoux comme la Grèce, ils refuseront de la même façon de négocier quoi que ce soit? Il y aura une redistribution des cartes politiques pour le meilleur ou pour le pire. Et même si ce n’était pas vrai, ne faut-il rien tenter, et pleurer sur son sort? Au moins il y en a qui essayent.

    « son internationalisme de façade » Où son les arguments?
    Je pense que Mélenchon est sensible au fait d’avoir fait l’Europe de la paix pour éviter la guerre. De plus qu’allons nous peser politiquement face aux super-puissances sans l’Europe? Évidemment il ne s’agit pas « de changer l’Europe mais de la refonder » comme dit Mélenchon…

    Conclusion: « Entre ses contradictions idéologiques » lesquelles? « sa personnalité tonitruante » bravo pour la puissance de l’argument « l’instabilité de son discours parsemé de paradoxes, » Quels paradoxes? « le cri du cœur nous amènerait presque à aimer ou à avoir de la considération pour le mélenchonisme sans pour autant aimer Mélenchon. » Aaaah nous y voilà! Il est question d’aimer ou pas Mélenchon. Tout ça pour ça, ça y est je comprends mieux. Personne ne vous demande d’aimer Mélenchon, personne ne vous demande de vous « convertir » au mélenchonisme. Mais moi je vous demande d’être honnête intellectuellement parce que je suis fatigué des gens comme vous, qui répugnent, refusent, de considérer Mélenchon (et son parti!) juste avec ses idées, sans le psychologiser, et tout mélanger entre une personnalité supposée et un programme qu’on peut, qu’on doit en effet discuter.

    Bien à vous

    Jérémie Vansimpsen

    • Merci Marcel (Jérémie ?) pour ce superbe commentaire comme j’aimerai en lire plus souvent ici.

      Je n’ai pas la prétention de devenir un expert, je laisse cet art, ou science abstraite selon votre guise, aux journalistes, polémiques et chroniqueurs en tout genre. Je suis militant socialiste et blogueur : j’ai donc moi-même de gros paradoxes entre ma vision européenne et la défense des valeurs sociales que je voudrai pouvoir défendre au PS. C’est pas facile tous les jours !

      En partant de ce constat, loin de moi l’idée de distribuer les bons ou les mauvais points. J’exprime mon ressenti avec les infos que j’ai en main, et ma sensibilité. Or cette sensibilité est certes socialiste mais elle est aussi gaulliste. Il s’en dégage une vision hiérarchique de l’action politique où l’importance du leader (ou porte-parole, comme vous voulez) me semble primordiale. C’est pourquoi, alors que le personnage Mélenchon détonne, je focalise mon analyse d’un avenir pour le Front de Gauche par le prisme de la rhétorique du saltimbanque de la politique française.
      Finalement peut-être que la hiérarchie n’a pas d’importance : c’est un débat sans bonne réponse. J’ai choisi ma vision des choses : elle est gaulliste : toute mon analyse en découle.

      Je veux bien parler de moi mais ça ne risque pas d’intéresser grand monde 😉

      En ce qui concerne les futurs échecs de Mélenchon, je me fie simplement aux chiffres et aux tendances. La majeure partie des électeurs pour lesquels il est censé s’adresser, vote Front National et ce, de plus en plus ! Ca amène à réfléchir.

      Pour la question de l’euro, vous manquez en effet d’informations. Le Royaume-Uni ne fait pas parti de la zone euro. A la limite on l’emmerde.
      L’Allemagne en revanche en 2012 a fait pour la première fois plus de la moitié de son bénéfice commercial en dehors de la zone euro. Ce pays sera parfaitement en mesure de se passer de voisins aisés. La lubie franco-allemande est une illusion française. On va déchanter. Ils préfèreront sortir de l’euro si on les pousse à bout. Leurs intérêts ne sont pas communautaires (et les nôtres non plus, cessons d’être naïfs).

      Pour ce qui est de l’internationalisme de façade, je donne des liens en fin d’article. Ceux-là comportent les arguments que vous recherchez. J’évite de trop m’étaler : les longs articles font fuir les lecteurs. Les curieux sont amenés à prolonger leurs lectures sur des sites amis.
      L’Europe n’a pas était faite pour éviter la guerre. Je vous invite à lire cet article que j’ai fait pour Ragemag : Union européenne : une histoire d’oppressions
      http://ragemag.fr/union-europeenne-une-histoire-doppressions-27243/

      Conclusion : j’ai développé tout au long de cet article les contradictions idéologiques, et tous les éléments qui semblent s’être cachés à vos yeux. Quant à la conclusion centrée sur la personne de Mélenchon, elle est là pour souligner un fait plus sournois : le Front de Gauche aura du mal à se faire entendre alors que l’image de son leader, son attitude souvent agressive envers les autres ne les fera que fuir.
      Cette impulsion, ce changement de comportement, ne peut-être montré que par votre tête d’affiche. C’est n’est donc pas qu’une affaire de personne. C’est du moins le cas quand on estime comme moi que le souffle du parti, est impulsé en grande partie par ses éléments les plus visibles. Je ne vous cache pas ma déception actuelle quand j’observe le manque de courage les leaders de mon parti.

      Encore une fois merci pour ce commentaire. A bientôt sur mon blog j’espère !

  2. Bonjour Guillaume,

    Comme j’ai laissé un commentaire à caractère conflictuel je ne voulais pas me défiler donc j’ai mis mon vrai nom, mais je n’aime pas trop faire ça sur internet. Donc ce sera Marcel (ou Après la mer). Bref. Alors en vrac :

    Je crois (et mon incertitude me pousse à dire plutôt « je » que « nous » pour le FDG) je crois à la théorie du complot. Ou disons à une lutte des classes plus violente que ce que vous ne le pensez vous, donc fatalement je suis révolutionnaire, je veux changer le système. Peut-être est-ce juste cela la différence entre nous, entre le rose (même foncé) et le rouge.
    Si je pense que le système est mauvais, et que vous, vous pensez qu’il est grippé, c’est pas pareil, notre grille de lecture est différente et les évènements nous apparaissent diversement. Sur un plateau de télé vous verrez un fou hurlant avec un balai qui s’excite tout seul, moi je vois quelqu’un qui combat un système néfaste et aliénant.
    Je ne crois pas que Mélenchon soit « agressif », ou alors dans le sens qu’il agresse l’agression. Dans le sens ou il agresse au couteau quelqu’un qui a un fusil. Je vous assure que selon qu’on soit au PG ou au PS ce n’est pas la même histoire du point de vue médiatique, moi j’ai l’impression d’être un abruti dangereux quand je regarde les journaux. Une perle encore que j’ai trouvé hier soir : http://www.youtube.com/watch?v=R0eYBL9a7ls , pas un mot de politique, et je peux vous en sortir des dizaines et des dizaines. Pour moi la « violence » supposée de Mélenchon est un acte de courage, parce que les enjeux politiques sont énormes, ENORMES ! L’Europe s’écroule! Et nous avec, à cause des marchés, et pas à cause du peuple. Et sa « colère » permet d’en prendre conscience, à côté de ceux qui parlent poliment. Voyez en miroir le film « funny games » d’Haneke qu’on peut voir sous un angle politique, la cruauté absolue mais cordiale. Il y a de la misère, et il y en aura de plus en plus vu la situation actuelle, et il faudrait que ceux qui galèrent le fassent sans crier s’il vous plaît, alors on les entend pas, et je me dis qu’heureusement, il y a parfois quelqu’un pour crier à leur place.
    Peu m’importe si psychologiquement pour Mélenchon ce soit une posture, de l’opportunisme ou blablabla c’est la fonction que ça exerce sur les consciences qui est importante. Vous pourriez me rétorquer qu’on peut dire pareil pour Le Pen. Et là bam ! C’est la rhétorique médiatique, et on arrive à la limite de l’analyse sur la forme, et il faut passer sur le fond, il faut ouvrir les programmes, voire les livres d’histoires, mais j’espère qu’on a pas besoin de ça pour faire la différence.

    Bien à vous.

    Marcel

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*