Michel Onfray, « Le Crépuscule d’une idole »

Un « brulot », vraiment ?

Avec mes a priori sur ce livre, je m’attendais à des pages remplies de haine et de choses hargneuses à la fois dirigées contre Freud en particulier mais plus généralement contre la psychanalyse. Ce fut plus ou moins le cas. Pourtant, il y a longtemps que la psychanalyse a échappé à Sigmund Freud. Il semble que Michel Onfray entretient une relation ambivalente avec la psychanalyse. Est-ce un « je t’aime, moi non plus » ? Le texte du philosophe normand est truffé d’allers-retours entre accusations d’affabulations freudiennes – pour mieux les attribuer à tous les psychanalystes successeurs de Freud – mais aussi de mise à jour de son inclination psychique pour cette discipline – bien que ces nuances soient parfois entre les lignes ! En effet, nonobstant le début du livre où Michel Onfray dévoile l’aspect émancipateur des lectures des essais de Freud qu’il fit étant adolescent, il s’amuse même à user de la psychanalyse contre la psychanalyse pour décortiquer le déploiement de la pensée freudienne, le psychisme de « l’idole ». J’imagine l’auteur de l’essai contredire mes propos en disant que sa pensée porte sur le fait que la psychanalyse s’applique parfaitement à Freud et rien qu’à Freud, que c’est « une discipline inventée par un homme pour vivre avec sa part sombre »[1]. Onfray nierait-il alors un siècle de clinique et de recherches faites par les continuateurs de Freud auprès de moult patients ? Bref, ces interprétations psychanalytiques que pose Michel Onfray auraient été pertinentes si elles n’avaient pas été distillées sous forme avant tout d’interprétations sauvages – sans doute intéressantes – car prenant appui sur une méthodologie qui en laisserait perplexe plus d’un, dont moi-même, souvent basée sur des rumeurs. De ces rumeurs, Élisabeth Roudinesco en a fait son pain blanc dans diverses réponses sanglantes.

In fine, je me demande si cet essai ne serait pas un « brulot » uniquement pour quelqu’un ayant dédié toute sa vie à la psychanalyse – mais sans la mettre à l’épreuve, bercé par son ronronnement bourgeois –, de telle sorte que la critique portée serait alors presque une insulte personnelle ? C’est peut-être de là que surgissent les réactions violentes – souvent justifiées, je n’en disconviens pas – suscitées par l’ouvrage de Michel Onfray. Or si pour un trop grand nombre de sujets candidats à la fascination, la psychanalyse est peut-être devenue une fin en soi qui tourne par conséquent à vide, l’approche psychanalytique que j’envisage en tant que psychologue clinicien doit rester un moyen, un outil clinique vivant, certainement pas l’alpha et l’omega d’une existence, ni la façon de proposer une vision du monde[2] – mais y contribuera à sa mesure au sein des Sciences Humaines et Sociales.

Cet essai de Michel Onfray ne m’a pas insulté. « Le Crépuscule d’une idole » m’a donné matière à réfléchir, matière à penser, matière à prendre du recul sur mes choix et ma clinique. In fine, je n’en ressors que plus sûr et conforté car j’ai confronté les propos de Michel Onfray à d’autres lectures qu’elles fussent psychanalytiques ou philosophiques. J’ai pris un très grand plaisir à lire cet essai qui fut éclairant même si parfois ce fut à mon insu.

C’est la raison pour laquelle je compte aller plus loin sur mon blog au détour de deux articles confrontant la pensée de Michel Onfray à deux égarements épistémologiques qui ont fait mouche à la lecture de ce livre. Ces deux points concernent le rapport que l’auteur établit entre la psychanalyse et la philosophie ainsi que l’héritage politique de la discipline principalement inventée par Sigmund Freud.

Je vous invite donc à lire les deux articles suivants qui font suite à cette recension :

Psychanalyse ou philosophie ? Michel Onfray face aux contre-sciences

Psychanalyse et politique ? Michel Onfray s’embourbe

La lecture du livre de Michel Onfray, Le Crépuscule d’une idole, reste malgré tout très enrichissante. Rares sont les livres qui permettent à la fois de penser psychanalyse, philosophie et sciences-politique. C’est peut-être là un point fort de l’ouvrage… mais Roland Gori fait mieux. Après tout, les livres qui invitent à penser ne sont pas légion. Néanmoins, l’auteur s’embourbe parce qu’à force d’être trop touche à tout, son manque de rigueur sémantique le perd. Lire Freud quand on est adolescent ne suffit pas pour devenir un expert de la question freudienne ! La précipitation dans laquelle l’ouvrage a été écrit explique aussi peut-être beaucoup de choses. Neuf mois avant l’accouchement du livre, Michel Onfray faisait l’éloge de Freud dans une revue spécialisée. Cet article interpella certaines personnes proches de l’Action Française qui ont alors souhaité débattre avec le philosophe. La trame de fond de cet ouvrage me questionne encore aujourd’hui…

[1] Michel Onfray, « Le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne », Livre de poche, p. 197

[2] Il est probable qu’à l’inverse de la philosophie, la psychanalyse se focalise sur le sujet et n’ait pas pour objectif de proposer un modèle de compréhension du monde.

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