Quelles politiques pour quelle Europe ? Conférence des Jeunes Européens

L’euroscepticisme (j’ai pas dis europhobie) ne peut se défendre si on ne va pas à la rencontre des europhiles, leurs idées, leur arguments et leur vision d’avenir. Il convient de ne pas rester dans sa bulle afin de rester le plus ouvert possible à l’idée d’alimenter le débat voire pourquoi pas de pouvoir changer d’avis, sait-on jamais, l’Union Européenne à 27, c’est peut-être un truc génial après tout ?

C’est ainsi, alors que j’étais de passage sur Toulouse que Magali Pernin (taulière du blog sur la gouvernance économique européenne Contre la Cour) m’informa sur Facebook de la tenue d’une conférence des Jeunes Européens à l’institut Goethe sur le thème de « quelles politiques pour quelle Europe ? » un samedi matin. Je pris mon courage à deux mains et décida de m’y rendre malgré un manque de sommeil évident dû aux soirées étudiantes du jeudi soir. Masochisme, quand tu nous tiens…

La structure d’accueil, l’institut Goethe est une organisation franco-allemande dont le but est de promouvoir le dialogue entre les deux pays par le biais d’interventions culturelles diverses. L’odeur du fédéralisme plane, je m’assoie dans une petite salle fort bien jolie, une ancienne cave en brique si typique de la ville rose.

L’assistance est jeune et parmi le brouhaha je distingue derrière moi une discussion sur le général de Gaulle.

« mais si, puisque je te le dit, le général de Gaulle était contre les partis !

–       Ah bon ? Alors pourquoi il en a créé un ?

–       Bah en fait il était contre la politique des partis…

–       Ca ne répond pas à ma question ».

Heureusement que la majorité a rétabli les cours d’Histoire pour les sections scientifiques mais je me demande si c’est bien suffisant.

La conférence débute. Les jeunes européens sont présents avec leurs t-shirt bleus EDF trop grands. L’ambiance est bon enfant. L’animateur du débat se charge alors de présenter les trois différents intervenants : que des responsables des sections jeunes départementales de leurs partis.

Le MoDem sera ainsi représenté par Rémi Gire, l’UMP par Guillaume Brouquière et le PS par le MJS Grichka Lingerat. EELV a décliné l’invitation, c’est un moindre mal me dis-je.

L’animateur replace la conférence dans son contexte en insistant sur deux points importants qui sont le vote du budget européen et l’application d’une nouveauté qui consiste à faire élire le président de la Commission Européenne par le Parlement Européen.

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4 thèmes seront abordés durant cette conférence : l’économie, les institutions, la politique étrangère et l’immigration.

Chacun des trois intervenants aura 4 minutes par question pour répondre, au-delà desquelles un carton rouge sera donné par l’animateur (des rires se font entendre dans la salle).

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Economie : quelles doivent être les priorités du budget communautaire pour les années à venir ?

L’intervenant du MoDem est le premier à avoir la parole et commence par la PAC en précisant que l’indépendance alimentaire de l’UE est primordiale. Il insiste également sur la nécessité d’une croissance durable, en effet, selon lui la recherche et le développement donnent une compétitivité plus importante que la baisse du coût du travail. Comment ne puis-je pas être d’accord avec lui sur les points soulevés ?

Aussi le jeune démocrate continue en soulignant la nécessité de préserver l’industrie d’armement tout en créant une UE de la défense pour avoir une UE diplomatique en prenant exemple sur le modèle de l’armée Suisse (qui est multilingue).

Enfin il termine avec ERASMUS et le maintien de la bourse aux examens même s’il faut la repenser car jusqu’à présent elle n’est versée qu’au retour de l’étudiant et en une seule fois ce qui met certains jeunes en difficultés financières.

C’est au tour du jeune populaire (UMP) de répondre à la question posée. Il voit avant tout l’Union Européenne comme une alliance économique.

Il souligne que l’UE est la première puissance économique mondiale puis dérive avec fierté sur le TSCG en précisant qu’il n’a pas été modifié par le président Hollande.

Le jeune pop continue en parlant des différences fiscales trop importantes au sein de l’UE et qu’une uniformisation est nécessaire (sans préciser si elle doit aller vers le haut ou vers le bas mais on peut deviner la réponse).

Enfin, il termine sur la nécessité d’aider la recherche dans les entreprises car selon lui on ne va pas gagner la lutte de la compétitivité en baissant les salaires : je suis heureux de l’entendre.

Le jeune socialiste intervient à son tour. Il affirme que l’Allemagne propose des coupes dans le budget et a une position très semblable à celle du Royaume-Uni. Puis il annonce un autre fait concernant la France qui défend sa PAC historique et le maintien du PEAD (plan d’aide aux plus démunis). Il estime qu’il n’y a aucun intérêt à sortir de l’UE (je frissonne, dieu que cette affirmation n’est pas assez nuancée) et qu’on ne peut pas construire l’UE sans avoir de ressources propres (comprenez de ressources supra-nationales).

L’intéressé prend alors l’exemple des USA pour lesquels 15% du budget est consacré aux ressources propres de l’état fédéral.

Cela peut se faire, dit-il, soit par le biais de taxes sur les transactions financières (comme l’a fait François Hollande) soit par un impôt européen relevé par l’UE. Pourquoi pas.

Enfin, il rappelle que Moscovici a proposé qu’il y ait un super ministre de l’eurozone.

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Institutions : diriez-vous qu’il y a un déficit démocratique au sein de l’Union Européenne ?

Le jeune démocrate ne reconnait qu’un léger déficit démocratique au sein de l’UE (je manque de m’étouffer). Il reconnait que c’est un montage complexe. Enfin il renvoie la responsabilité de ce déficit démocratique au peuple en précisant que le tau de participation aux élections est bas. Je fronce les sourcils : le peuple est donc responsable du « léger » déficit démocratique européen ? Extraordinaire !

Il reconnait également un problème au niveau de la Commission qui cumule les pouvoirs législatifs et exécutifs alors que le parlement n’est que consultatif.

L’intervenant MoDem se réjouit que le traité de Lisbonne introduise l’élection du président de la commission.

Enfin, il rappelle que Bayrou proposait que les sessions parlementaires soient diffusées sur les chaînes publiques et que le déficit démocratique pouvait se résoudre facilement. Je reste pantois.

L’UMP reconnait plus volontiers un déficit démocratique (en même temps depuis le fiasco Copé-Fillon me dis-je, ils savent bien les repérer). Le jeune pop précise que plus de la moitié de notre quotidien est sous la législation de l’UE alors que bien souvent, les normes européennes sont bien éloignées de la réalité (on se souvient tous de l’affaire du vin rosé proposé comme étant un mélange de vin rouge et de vin blanc).

Cependant il estime que ce déficit est tout relatif car se sont les états-membres qui ont délégués ces pouvoirs, qu’il y a un nombre important d’euro-députés élus au suffrage universel direct et que le parlement a beaucoup de poids (« ah bon » ?, pensais-je).

Pour le jeune intervenant socialiste, le sentiment de déficit démocratique est partagé par tout le monde mais ne reste qu’un sentiment. Il ajoute qu’en 50 ans on demande à faire ce que les états ont fait en 200 ans (en moi-même je me dis que le peuple n’a rien demandé, ni en 50ans, ni en 200 ans et certainement pas le fédéralisme).

L’intervenant socialiste tente alors de poser des hypothèses sur le faible taux de participation aux élections européennes. Il s’agit selon lui d’un manque de visibilité par les citoyens et qu’il y a un manque de communication des médias et du politique sauf quant il s’agit de dénoncer l’UE comme étant un problème (« parce que l’UE est une solution donc ? », pensais-je sans nuance).

Puis l’intervenant met en lumière le paradoxe suivant qui consiste à constater que 80% des lois françaises viennent de l’Union Européenne alors que la participation aux élections n’est que de 45%.

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Immigration : quelles solutions préconisez-vous pour aboutir à une immigration maitrisée et qui ne méprise pas les immigrants ?

L’intervenant du MoDem commence en précisant que les migrants sont avant tout souvent des victimes. Les passeurs sont le coté visible d’organisations mafieuses qui sont là pour ruiner les migrants et qui n’ont que faire de leur arrivée à bon port. Mettre des policiers supplémentaires pour leur courir après sur les plages n’est ni plus ni moins qu’un constat d’échec.

Le jeune démocrate avance l’idée qu’il faut faire des efforts pour aider le développement économique et les processus de paix dans les pays d’origine.

Il rappelle néanmoins que l’immigration est souvent nécessaire : « où en serait l’économie du BTP sans immigration ? ».

La base est donc non seulement la lutte contre les réseaux mafieux mais aussi une aide intelligente aux pays d’origine (par intelligente comprenez qu’elle sera repensée pour les gouvernements corrompus).

Enfin, pour le locuteur, la lutte contre le travail au noir est aussi primordiale pour la stabilité du marché de l’emploi au sein de l’UE mais ce dernier point ne concerne pas que les migrants.

Une uniformisation des visas dans l’UE est aussi avancée.

Pour le jeune pop, c’est un sujet important (tu m’étonnes !) qui met en péril notre construction européenne.

Il souligne que l’UE a fait un pas de géant en matière de demande d’asile : le refus du premier état vaut dans tous les autres états européens. Cependant il regrette que la mise en place de cette règle ne soit pas systématique faute de moyens pour l’appliquer.

Enfin il propose des solutions en s’inspirant du Canada et de son immigration choisie en fonction des besoins du pays. Il souligne aussi qu’un travail de pédagogie doit être fait pour informer les citoyens des pays en voie de développement qu’il y a aussi un fort chômage dans l’Union Européenne.

Il souligne que les états gardent jalousement la main mise sur leurs politiques migratoires et que c’est donc pas gagné.

Enfin, il n’est pas UMP pour rien, il dénonce l’AME qui est un appel d’air à l’immigration sanitaire (un immigré se fait soigner gratuitement quand un citoyen français doit quant à lui au moins payer une franchise).

Il conclue la question migratoire en précisant que la Turquie risque de poser problème (civilisation différente) et que l’UMP est contre son intégration (moi aussi remarque mais uniquement parce que leur économie est différente et que je suis pour une Europe des 9). Il ajoute enfin qu’il faut donner aux états de l’Est les moyens de contrôler leurs frontières.

Le jeune socialiste quant à lui préconise pour l’immigration intra-UE une harmonisation sociale (afin d’éviter la concurrence du travailleur polonais). Il avance aussi qu’il est important de dissocier immigration et droit d’asile avec une uniformisation du droit européen.

En ce qui concerne la migration hors demandeur d’asile, le socialiste propose un contrat d’accueil et d’intégration (en ajoutant qu’il n’aime pas ce mot) à l’échelle de l’UE avec des droits et des devoirs.

Pour l’intervenant, la logique migratoire est une constituante de la logique de l’homme : l’homme a toujours et de tout temps migré.

En réponse au jeune démocrate, le jeune socialiste ajoute que le développement des zones de départ est une fausse idée : plus le pays est développé, plus le phénomène migratoire s’accélère.

Sur ce thème de l’immigration, les trois intervenants auront dépassé leur temps de parole et auront eu un « carton rouge ». Le sujet semble être mobilisateur.

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Politique étrangère : au regard des crises internationales récentes et des révolutions arabes, trouvez-vous que la politique de l’UE soit efficace ? Faut-il déléguer plus de pouvoir à l’Union Européenne ?

L’intervenant qui parle au nom du MODEM souligne de grosses divergences entre les pays sur des sujets majeurs (Irak, Lybie, etc.). Il se questionne quant au siège de sécurité qu’a la France à l’ONU pour sa conversion en siège européen (avec à la clef la bombe atomique ne l’oublions pas).

L’idée de nommer un ministre des affaires étrangères est aussi avancée : il serait proposé par le parlement et élu par les 27 ministres des affaires étrangères nationaux.

A l’heure actuelle, il n’y a pas de défense européenne. Peut-être faudrait-il réfléchir à une structure en dehors de l’OTAN. Cela ne signifie pas que les pays membres de l’alliance atlantique en sortent mais qu’ils peuvent alors faire sans cette dernière quand ils le décident. L’exemple de la mission Atalante (contre la piraterie en somalie) vient illustrer les propos.

Enfin, le jeune démocrate aimerait qu’il y ait une vraie réflexion quant à un protectionnisme européen sachant que les USA ne s’en privent pas.

Le jeune populaire affirme également que l’Union Européenne n’a pas de politique étrangère ce qui est un paradoxe vu le poids économique de cette dernière. Il estime que le choix du Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité en la personne de Catherine Ashton (une anglaise) est un mauvais choix car elle n’est ni europhile ni assez « large d’épaules » pour assurer cette fonction.

Tout comme le jeune démocrate, le jeune populaire précise qu’il y a beaucoup de conflits où les 27 ne se mettront jamais d’accord et que cela pose beaucoup de questions :

  • Comment engage-t-on les troupes ? A l’unanimité ?
  • Peut-on financer une défense commune ?
  • Faut-il mettre en place des partenariats (comme construire un porte-avion commun).

L’UMP est plutôt favorable à la dernière solution, celle des partenariats.

Enfin le jeune populaire terminera en faisant une éloge de Sarkozy pour son action en Lybie sous le regard désapprobateur du jeune socialiste qui ne manquera pas de rappeler qu’il y avait peut-être aussi des intérêts personnels.

Pour le socialiste, cette question de politique étrangère commune est directement liée à la souveraineté des nations. A l’heure actuelle et en l’état des choses, c’est même le dernier socle qui définit la souveraineté des états nations : je trouve cette remarque très pertinente.

De facto, l’intégration des armées doit être la dernière étape de la construction européenne après avoir peaufiné ce qui est en train de se mettre en place.

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Le débat

C’est à présent au tour de l’assistance de poser des questions aux trois jeunes engagés en politique. Les questions sont posées par lot de 4 personnes et sont suivies d’une réponse groupée. Je choisis d’attendre un peu avant de poser mes questions qui seront plus des remarques. En effet, beaucoup de thèmes ont été abordé et il m’est nécessaire de les noter pour être le plus efficace possible dans le temps court qui est imparti. C’est alors qu’à m’a grande surprise sur les 6 questions qui m’ont précédé, 4 concernent l’immigration, les roms ou la Turquie.

Non seulement les intervenants ont tous dépassé leur temps de parole sur ce thème mais en plus l’assistance semble être très réceptive alors que ces sujets ne sont pas du tout prioritaires : j’ajoute en conséquence à mon carnet de note une ultime question sur l’insécurité culturelle.

Au moment de prendre la parole je me présente comme un militant socialiste de Charente-Maritime, des rires retentissent dans la salle. Je précise alors que j’ai vu de la lumière et que je suis entré.

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Ma première remarque concerne l’économie. Je renvoie aux intervenants leur étonnement face au manque de participation aux élections locales en leur décrivant l’aspect absconse des textes européens. Je prends alors l’exemple du Six-pack, complété par le TSCG, lui-même complété par le Two-pack : c’est à ne rien y comprendre, comment voulez-vous que le peuple s’investisse ? Au surplus, quand ce dernier vote, l’UE n’en prend pas compte (je souligne alors l’exemple du référendum de 2005 trahit par le traité de Lisbonne).

Ma deuxième remarque porte également sur l’économie en soulignant l’illusion fiscale dont les jeunes européens font preuve. Je prends alors l’exemple de Jacques Sapir qui met en lumière les obstacles sur la voie du fédéralisme, notamment le transfert nécessaire annuel par l’Allemagne de 8% de son PIB (soit 200 milliards d’euros) à l’UE dans le cadre d’un partage des richesses. Je le compare au plan de relance difficilement négocié par François Hollande (de 120 milliards d’euros appelant à 240 milliards d’euros par effet de levier pour une période bien supérieure à un an) qualifié de pistolet à eau par Krugman, prix Nobel d’économie américain (le jeune populaire sourit à ma remarque). Je m’interroge alors sur la réelle possibilité d’une uniformisation fiscale et du saut fédéral.

Je souligne aussi ma joie en observant que les intervenants UMP et MoDem conviennent que ce n’est pas la baisse des salaires qui résoudra nos problèmes de compétitivité quoiqu’en dise la BCE. Si les ténors de leurs partis pouvaient en dire autant ça serait formidable.

Enfin, face au grand intérêt que semblent avoir les personnes dans la salle pour l’immigration je soulève un point que me semble crucial : on s’est intéressé aux migrants mais pas au ressenti des européens communautaires face à l’immigration. Or face à cette fuite en avant néo-libérale, cette mise en concurrence des travailleurs, cette dilution des identités régionales et la migration,  ne faut-il pas réfléchir sur l’insécurité culturelle ressentie et qui englobe toutes ces facettes ? Ne peut-on pas trouver là la solution à la montée des votes pour les extrêmes droites ? L’UE ne doit-t-elle pas être plus proche de ces citoyens pour éviter un dérapage nationaliste qui nuirait fortement à sa construction ?

A mes questions-remarques je n’aurais pas de réponse. Seul le jeune démocrate tentera de se saisir de la thématique de l’insécurité culturelle en la dénaturant complètement puisqu’il l’a circonscrira à la question des roms. Mes remarques n’ont pas eu de réaction et ont été volontairement sautées : étaient-elles trop chiffrées, précises longues ou gênantes ?

Finalement on touche peut-être du doigt la grosse problématique de l’UE et de ses supporters les plus inconditionnels.

Ici les intervenants furent très intéressants et brillants dans les réponses aux questions qu’ils avaient préparé. Néanmoins, les chiffres étaient vagues voire absents, nous sommes resté sur le domaine des grandes idées sans creuser. Pendant 1H30, c’est de l’idéologie qui a été distribuée à un public attentif.

L’idéologie c’est bien mais comme dirait de Gaulle à Peyrefitte : « et maintenant on fait quoi? »

 

 

 

Un commentaire

  1. Il faut avoir votre âge et du courage pour assister à une conférence sur l ‘ UE dans une cave ! Il est vrai que vous étiez à l’abri du vent d’autant ….

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