Psychanalyse et politique ? Michel Onfray s’embourbe

Dans son ouvrage,« Le Crépuscule d’une idole », Michel Onfray construit son argumentaire en 5 thèses. La cinquième thèse que l’auteur propose est que la psychanalyse n’est pas libérale mais conservatrice (je ferme à dessein les yeux sur le point Godwin où l’auteur associe psychanalyse et nazisme, du grand délire). Là où le philosophe normand semble viser juste c’est que la psychanalyse est très sûrement intégrative d’un projet politique. En revanche, j’estime qu’il fait fausse route sur ses choix de mots « libérale » et « conservatrice » qui, utilisés dans le sens qu’il leur donne, témoignent là encore d’un manque de rigueur dans la maitrise de l’Histoire des idées en politique. Confond-il le sens anglo-saxon de ces signifiants avec le sens latin, français de surcroît ?  Historiquement en France, et c’est en réalité toujours le cas, les conservateurs sont des contre-révolutionnaires, d’abord peu enclins au système républicain puis ayant compris que le suffrage universel direct n’étant pas démocratique[1], ils pourraient continuer à garder le pouvoir en usant du jeu institutionnel, (c’est notamment le rôle principal du Sénat en France). Il y avait d’une part les conservateurs, d’autre part, parce que la Révolution Française a d’abord été bourgeoise, les libéraux.

Emmanuel Macron

La soupe sémantique contemporaine tend à ajouter de la confusion à la confusion car dans le langage commun on associe volontiers les conservateurs aux libéraux, François Fillon en figure proue pour cette année 2017. Parce qu’ils sont libéraux, la plupart, comme Emmanuel Macron, sont libertaires et se présentent de fait comme étant progressistes alors que, pourtant, le progressisme tourne le dos conservatisme ! Ainsi les professionnels de la politique nous ont volés nos mots de la même manière que Onfray a confisqué la portée des mots de Freud (notamment dans une de ces thèses sur les sophismes de Freud).

 

Par exemple, la loi El Khomeri est présentée comme progressiste car adaptant la France à la mondialisation (mondialisation qui soit dit au passage n’est ni plus ni moins qu’un choix politique), alors que ce retour en arrière renvoie aux rapports de force d’antan entre les employés et les employeurs. L’Union Européenne est présentée comme gage de progrès et de paix alors qu’avec l’article 42 du Traité sur l’Union Européenne elle reconnaît l’OTAN comme étant son versant militaire, OTAN qui nous entraîne dans des guerres illégales au Moyen-Orient… pour des motifs conservateurs impulsés par l’administration Bush : qu’on ne s’y trompe pas !

L’approche psychologique issue de la pensée à la fois conservatrice (au sens français) ou libérale (au sens anglo-saxon) c’est la pensée de l’école de Palo Alto ! Contemporaine à l’école de Chicago et des théories de Milton Friedman, fondateur de l’école de Chicago, l’approche systémique est libérale, au sens anglo-saxon, elle utilise les mêmes mots et favorise les mêmes concepts dont celui de la « crise », en approche systémique notamment.

Melanie Klein

D’ailleurs, l’école de Chicago a fondé ses premiers travaux sur des études psychologiques menées par la CIA. Ces études consistaient à créer un traumatisme fort chez un individu pour qu’il soit ensuite en mesure d’accepter n’importe quoi : c’est ce que Naomi Kein a appelé la « Stratégie du Choc »[2].

Bien plus tard en France, dans les années 80, le temps que le paradigme sociétal traverse l’Atlantique, Libération ne titrait-il pas « vive la crise » ?

 

 

 

 

« VIVE LA CRISE !  » LE CRI D’YVES MONTAND ET DE LIBÉRATION LE 22 FÉVRIER 1984. REAGAN, THATCHER, MITTERRAND, LE GRAND VIRAGE LIBÉRAL, LIBÉ EST POUR !

 

La psychanalyse quant à elle semble avoir rencontrée les marxistes et le marxisme. La thérapie institutionnelle en découle. La psychanalyse n’est ni libérale et encore moins conservatrice, elle est progressiste. Or le progressisme n’est-il pas absent du débat politique en France faute d’avoir les mots pour le penser ?

 

 

[1] Abbé Sieyes, « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. » question du veto royal : à la séance du 7 septembre 1789

[2] Naomie Klein, « La Stratégie Du Choc – La Montée D’un Capitalisme Du Désastre », Broché, 2008

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