Taylor, Goodyear, c’est parti comme en 40 ?

Aujourd’hui, le blog héberge un texte écrit par Nicolas Bonin en réaction à la lettre du PDG de Titan à Arnaud Montebourg.

« En France, quand un type écrit un courrier, pour peu qu’il s’en prenne à un des travers supposé de la France, on le monte en épingle et on sort les martinets. « Oh oui fouettez-moi ! Ummmh comme tu appuies là où ça fait mal. » Manque plus qu’une vieille gloire pour venir nous coller la fessée. Ça ne vous rappelle rien ?

Maurice Taylor, candidat malheureux à la candidature républicaine en 1996, pdg de Titan international, baptisé tendrement le Grizzli, s’est fendu d’une lettre auprès d’Arnaud Montebourg pour lui expliquer son refus de reprendre partiellement les usines Goodyear. Pour lui :  les salariés français ne travailleraient que trois heures, passeraient trois heures à parler et auraient une pause d’une heure. » Une heure, c’est trop quand un hamburger s’enfourne en moins de temps qu’il n’en faut pour le cuire ! Son rêve, je suppose: « Cinq minutes de pause et une journée de 22h, parce que le sommeil : pas besoin. Je vous laisse le dimanche parce que je suis chrétien. »

C’est marrant, j’ai eu l’occasion de voir quelques usines automobiles, je n’ai pas vu des ouvriers qui palabraient. Faut s’imaginer le bruit et le rythme aussi du travail. Et ça ne dure pas que trois heures.

D’ailleurs, c’est curieux, mais pour une planque, il n’y a pas grand monde pour se bousculer derrière la chaîne et certainement pas les lecteurs du Figaro qui applaudissent des deux commentaires les propos du grizzli.

Il y a sans doute des secteurs à revoir : dans certaines administrations pléthoriques du public ET du privé certainement. C’est d’ailleurs le paradoxe, l’administratif, c’est le secteur qui se développe le plus depuis qu’on a adopté le catéchisme libéral.

Il y a aussi des gens qui ne foutent pas grand chose. Certains éditorialistes de salon, des philosophes botulistes des « banquiers » ou des « traders ». On pourrait aussi jeter un œil vers les secteurs qui recrutent…surtout au noir.

On pourrait enfin se demander si un grand patron aurait osé écrire une telle missive à un ministre de la République française sans recevoir en réplique une volée de bois gaullien. On pourrait.

Mais là, n’est pas le problème. La vraie question, c’est : «  Pourquoi, il y a des Français pour se dire que ce monsieur a raison et que décidément, on est rien que des fainéants dans ce pays. »

Ça me rappelle, cette petite légende qui circulait de juin 1940 à juin 1944 dans le pays. « 9 mois de belote et 1 mois de course à pied. », qu’on disait. Et il y avait des gens pour acquiescer, « C’est bien vrai, ma bonne dame ».  L’explication avait le mérite de la simplicité : après avoir glandé pendant la drôle de guerre, les soldats français auraient passé la bataille de France à courir devant ces allemands disciplinés qui, eux, ne comptaient pas leurs heures. On pouvait en conclure que le Front populaire et son esprit « de jouissance » avait sapé l’esprit de la Nation que le maréchal Pétain allait restaurer. L’arrière qui n’avait pas vu les combats ou seulement dans le chaos de l’exode ne pouvait savoir que les troupes avaient résisté durement et que chaque journée de la Bataille de France avait été aussi meurtrière pour les Allemands que le Front de l’Est à partir de 1941. *

A l’époque, Marc Bloch nota : « Nous venons de subir une incroyable défaite. A qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais, à la cinquième colonne, répondent nos généraux. A tout le monde, en somme, sauf à eux. » Une phrase dont la portée  dépasse cette seule période.

Aujourd’hui, la défaite est économique. Notre ligne Maginot s’appelle l’Union européenne. Nous pensions qu’elle nous protégerait, elle nous expose aux vents d’une concurrence déloyale face à des pays qui n’hésitent pas, eux, à pratiquer le protectionnisme ou le dumping social. Notre manœuvre Dyle-Breda (celle qui emmenant l’armée Française jusqu’en Hollande offrit le flan à la percée des Ardennes), c’est la politique monétaire de la Banque centrale européenne. On s’y raccroche pour faire plaisir à nos alliés, mais la mesure nous saigne et notre industrie est dans la poche de Dunkerque.

Y-a-t-il une fatalité à la défaite et un chemin unique pour l’enrayer ? Non ! D’une sortie concertée de l’euro à une politique de change différente, il existe un panel de solutions, sans parler des changements de politique douanière, une relance concertée aussi. OK, rien n’est simple, d’accord. Veillons cependant à ne pas être aussi injustes envers les ouvriers de Goodyear, que nous l’avons été avec les soldats de l’an 40. Ce sont eux qui sont en première ligne et il n’y a pas de possibilité de reprendre le combat depuis Londres. »

Nicolas BONIN

Quand, il n’est pas énervé, Nico écrit des nouvelles sur http://milleetuneminutes.blogspot.com

comme celle-ci : http://milleetuneminutes.blogspot.com/2013/02/lancetre.html

* « 100 000 morts oubliés », Jean-Pierre Richardot, lire aussi Dominique Lormier « Comme des lions » sur la bataille de France

Boîte noire : 

http://www.titan-intl.com/maurice-taylor

 Goodyear : l’incroyable courrier du PDG de Titan à Montebourg

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*