Les TDAH, ou le syndrome inventé

Le symptôme de nos jours n’est-il pas devenu un « objet marketing » ? Nous pourrions nous arrêter un instant sur les Troubles de déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) pour imager notre propos. Les TDAH sont-ils l’exemple par excellence d’un modernisme « normé » où le diagnostic tombe tel un coup de semonce avec son cortège de traitements divers et variés, vendus comme n’importe quel autre produit de consommation ? Nous voulons dire dès maintenant ne pas être dupes ni des TDAH, ni des autres symptômes « objectifs » qui se déplient dans une clinique autre que celle qui nous intéresse en référence à la psychanalyse. Dans quel contexte le clinicien psychologue évolue-t-il lorsqu’il est d’obédience psychanalytique ?

L’augmentation de la « prévalence » fulgurante de cette dernière néo-pathologie représentée par les TDAH ne traduirait-elle pas la nature même de cette « fausse épidémie » ? En effet, en France, alors que cette prévalence était de 1 à 2 % pour des enfants de 6 à 17 ans, elle accuse un pic ces dernières années à 3,5% pour probablement rejoindre à l’avenir les 5 à 9% de prévalence mondiale[1] – globalisation oblige ! En France, entre 2005 et 2011, le nombre d’enfants traités à la ritaline a augmenté de 71%, les ventes de doses journalières ont bondi de 133% or « le seul essai clinique mené sur trois ans montre que la ritaline n’est pas plus efficace qu’un traitement comportemental sans médicament ». Nous y reviendrons.

 

Pour parvenir à terme à de pareils résultats, un réductionnisme se focalisant à dessein sur le symptôme sera (et a déjà été) vulgarisé, démocratie oblige… L’épistémologie de l’évaluation en vogue dans la recherche psychiatrique, déjà toute acquise à cette rhétorique, continuera de définir les pathologies selon des check-lists faisant fit du Sujet tout en abaissant les seuils d’inclusion d’un DSM à l’autre. Ne s’agit-il pas là d’une dérive afin d’incorporer toujours et encore, un nombre croissant de consommateurs potentiels pour notre chère société dite justement, de consommation ?

Avec internet, et les moyens modernes d’information, des autodiagnostics sont même proposés aux consommateurs potentiels qui se retrouvent de facto dans l’attente d’un nom apposé sur le symptôme pour assurer la réussite scolaire des enfants, les parents ayant des attentes précises en ce domaine (quitte à faire fi de leur demande), d’autant que la scolarité a fait problème chez eux jadis. Le summum de la psychologie « prêt-à-consommer » a-t-il été atteint récemment avec « l’économiste » Jacques Attali, plus aéroporté que jamais et reconverti en « gourou-psychologue » dans son dernier ouvrage « Devenir Soi »[2] ? D’une certaine façon, ne répond-il pas là à ces demandes d’autodiagnostic fantoches tout en se faisant, une fois n’est pas coutume, donneur de « bons conseils » ? Les « zélés du désir », pour reprendre la formule de Frédéric Lordon, auraient-ils de beaux jours devant eux ?

Comment en tant que psychologue, pouvons-nous remettre les rôles de chacun à leur place et faire pivoter chez le nouveau consommateur qu’il est avant tout un Sujet ? Prendre en compte le symptôme sans fascination mais en l’examinant tout au plus du coin de l’œil, reste mon attitude de clinicien débutant face au monde néolibéral.

Pour Régis Debray, ce monde est notamment caractérisé par le fait que « nos champions d’une science surestimée et pour le moins aléatoire, qui se chamaillent sur chaque diagnostic […], ne rient qu’en se regardant, comme les augures romains, sans faire rire personne d’autre. Leurs avis sont écoutés avec gravité sur le parvis des temples. Bizarrement, leur fulgurante montée, en influence et en crédibilité, est intervenue quand l’économie, qui n’occupait pas jusqu’alors tous les écrans, s’est mise à battre de l’aile avec la crise pétrolière, à la fin des Trente Glorieuses. » [3]

Régis Debray dénonce aussi que « la valeur d’un projet[4] [ou d’une praxie], se mesure à sa réalité comptable. » Dans ce même paradigme hasardeux, faut-il chiffrer la clinique au regard d’une guérison observable dans un temps délimité ?

Le choix ici fait de mettre en avant les TDAH dans cet article est mû par le fait qu’il s’agit là d’une caricature où le symptôme trouve (malheureusement) un traitement réputé opérant donc évaluable (la Ritaline). Reste à savoir ce que deviendront ces enfants ultérieurement après avoir étés nourris à la mamelle des amphétamines.

Après que les laboratoires aient lavé le cerveau des professeurs des écoles en leur présentant lors de colloques « l’hyperactivité » (TDAH), les médecins n’ont pas voulu rester sur la touche. Les laboratoires ont donc poursuivit ensuite leur stratégie marketing auprès du corps médical. On a constitué la clef (Ritaline) et la serrure (hyperactivité). Cet arc réflexe est à dénoncer tant il est construit par les lobbyings pharmaceutiques de toute pièce !

Bref, l’exemple de l’hyperactivité, ou Troubles du déficit de l’Attention (TDAH) est cinglant ! Sept mois avant sa mort, Léon Eisenberg, inventeur des TDAH a révélé dans le grand journal allemand Spiegel, « Schwermut ohne Scham », avoir fabriqué de toute pièce cette maladie et s’en est repenti tout avouant un « pêché de jeunesse » permettant d’écouler des stocks d’amphétamine via la Ritaline. Depuis, l’omerta à ce sujet est de mise en France (ainsi qu’aux Etats-Unis). On reproche souvent à notre pays d’être en retard sur les soins psychiques ainsi que l’archaïsme de la psychanalyse longtemps prédominante. Moi, j’entends surtout l’appel du Capital qui promeut des méthodes douteuses aux dépends de celles qui ont fait leurs preuves sur la durée et dont l’architecture intellectuelle n’est contestable qu’avec de fausses découvertes ou bien de la mauvaise foi.

 

A la construction d’un symptôme par la société, je préfère la réflexion psychopathologique de l’économie du symptôme chez le sujet.

C’est pour ne pas tomber dans cette ornière qu’un choix épistémologique un tant soit peu tranché s’impose.

Travailler à la fois sur la demande et sur le symptôme, amorce-t-il la démarche clinique en référence à la psychanalyse ?

 

 

 

[1] Chiffres de l’OMS

[2] J. Attali. Devenir Soi. Broché. 2014

[3] R. Debray. L’erreur de calcul. Les éditions du Cerf. 2014. p. 5.

[4] Je renvoie aux réflexions de Franck Lepage dans ses conférences gesticulées sur le concept de « projet » quand il parle de « management »

2 plusieurs commentaires

  1. Dommage vous n’avez manifestement pas étudié votre sujet avant de publier. Il y a effectivement des enfants peut-être agités et mal éduqués, c’est un fait. Mais le TDAH c’est du sérieux, vous mélangez tout, symptôme typique du blogueur qui s’exprime avant de réfléchir 🙂 Et cette maladie n’est ni répertoriée ni nouvelle…

    • Je n’ai pas étudié le sujet ? Je ne suis que psychologue clinicien formé en psychopathologie…
      Symptôme typique du commentateur qui ne vérifie pas d’où provient la source de ce qui est lu 😉

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